Chapitre 7


Je ne pouvais pas laisser un village tout entier disparaître sous des écoulements de lave ou tomber dans les profondes failles créées par les séismes. J’évaluai la situation sur l’écran tactique qui était affiché au milieu de la salle de commandement. Il ne restait plus beaucoup de monde à évacuer sur le reste de la planète. J’estimai approximativement le temps qu’il allait me falloir pour atteindre le petit village de trois mille habitants. Avec de la chance, je pourrai tous les sauver, sans nuire aux derniers habitants de la dernière grande ville, Nouvel Espoir. En effet, il restait assez de vaisseaux pour tous les sauver à temps.

— Alex, je vais y aller si ça ne te dérange pas. Occupe-toi du reste.

Il accepta sans problème mon prochain voyage vers Varilut, le village. Je rejoignis donc au plus vite mon vaisseau. Tout autour de moi, il y avait des milliers de réfugiés. Il m’était impossible de courir dans les couloirs sans en bousculer quelques-uns.

J’atteignis tout de même le hangar en un temps record. Je sortis mon communicateur pour demander au capitaine du vaisseau de préparer le décollage pendant que j’accomplissais les derniers mètres pour monter à bord puis rejoindre la passerelle.

— Maître Jedi, les moteurs sont chauds, nous sommes prêts à décoller immédiatement. Quelle direction prenons-nous, me fit le capitaine alors même que je venais à peine d’arriver. Il me fallut quelques secondes pour reprendre mon souffle, puis je lui répondis.

— Décollage immédiat. Destination : Varilut.

Le vaisseau Gallofree vrombit, s’éleva du sol artificiel, sembla reculer et effectua alors une rotation de quatre-vingt-dix degrés sur tribord, en direction de la planète. Le vaisseau accéléra brutalement et se dirigea vers la moitié Sud de la planète et de la ville, située à quatre mille kilomètres environ de la capitale vers le Sud-Est. De l’espace, on pouvait maintenant apercevoir à l’œil nu le cataclysme : on voyait très nettement les milliers de volcans en éruption, ainsi que les raz de marée fréquents et recouvrant beaucoup de terre.

— C’est toujours aussi impressionnant…, dit le capitaine du navire depuis son siège de commandement.

— Je dois avouer que d’ici ça ressemble à un beau spectacle… mais à la surface, c’est plutôt l’enfer…

Au bout d’une quinzaine de minute, le vaisseau entra dans l’atmosphère de la planète, et déjà nous encaissâmes les fortes turbulences, puis le transporteur sillonna la cime de quelques rares arbres encore debout. Très vite, la forêt encore naissante, preuve de la précédente catastrophe, laissait la place à une terre de désolation avec de la lave coulant sans s’arrêter.

— N’y a-t-il aucun moyen pour ne pas ressentir ces turbulences ? demandai-je au capitaine.

— Si. Activez les répulseurs, cria-t-il aux quelques officiers présents, puis en se retournant vers moi : ça va nous stabiliser un peu mieux, mais on va perdre de la vitesse.

— Pas grave, nous arrivons bientôt.

Le vaisseau arriva en vue de la petite cité au pied d’une majestueuse montagne. Un volcan.

De nombreux bâtiments s’étaient effondrés, et il était impossible d’atterrir sur la grande place à cause des décombres. Le vaisseau resta en suspension dans l’air, l’équipage attendait les ordres du capitaine, et le capitaine mon avis sur la situation. Je pouvais sentir la peur des habitants, leur détresse et leur tristesse.

— Capitaine Deena, faites mettre le cap à l’Est de la ville, le terrain y semble moins touché.

— A vos ordres, Maître Jedi.

Soit il me respectait beaucoup, soit j’avais vraiment l’allure d’un maître. Mais je ne pus y réfléchir plus longtemps.

— Monsieur, fit un membre d’équipage derrière moi, il y a beaucoup de monde qui se précipitent, il faut les calmer avant de les faire monter !

Cet homme devait faire allusion à mes pouvoirs de Jedi…

— Capitaine Deena, je vous laisse jusqu’à mon retour. Ne quittez la planète qu’en cas d’extrême urgence.

— Bien sûr.

Je sortis en courant à toute vitesse. La rampe d’accès s’abaissa sur la terre devenue grise. Je vis la foule courir vers le vaisseau et je sentis toutes leurs pensées. J’envoyai des images réconfortantes à tous, du moins j’essayai, car ils étaient nombreux. Je leur criai de monter calmement, je tentai de les rassurer. Ça marchait plutôt bien, jusqu'à ce qu’une vieille femme vint vers moi :

— Je vous en prie monsieur, ma fille unique et son mari sont restés chez eux, j’ai bien peur qu’ils ne veuillent pas partir. S’il vous plait, allez les chercher.

Je restai muet quelques instants, en regardant la femme toute ridée. Elle ne m’arrangeait pas les choses. D’un côté je ne pouvais pas partir car je devais calmer tout le monde qui entrait. De l’autre, je ne pouvais pas les abandonner. Je pris ma décision, sortit mon communicateur de la poche droite de ma robe de Jedi et appelai le capitaine Deena. Je lui demandai d’envoyer quelques hommes devant le vaisseau pour réconforter les habitants.

- Merci, merci beaucoup ! me dit la femme, soulagée, lorsque j’eus fini ma communication.

Elle m’indiqua rapidement où se trouvait la maison des jeunes gens. Je lui fis seulement un signe de tête puis partis aussi vite que je le pouvais vers la ville.

Après quelques minutes de course, j’arrivai à la grande place. Je suivis les indications de la vieille femme et arrivai devant leur maison. Contrairement à d’autres, celle-là avait résisté aux tremblements de terre. Mais bien sûr, je savais que ça ne durerait pas.

J’entrai dans la petite maison bleue à deux étages. La porte était encore ouverte. La pièce d’entrée servait de cuisine, beaucoup d’ustensiles se trouvaient par terre. Je pris un petit couloir sur ma gauche en appelant. J’arrivai à la salle de bain : personne. Je retournai sur mes pas pour prendre le petit escalier qui se trouvait dans la salle de séjour. Je montais les marches quatre par quatre, toujours en demandant s’il y avait quelqu’un. J’entrai dans l’unique pièce : une chambre. Il n’y avait personne. Une petite table était renversée. Juste en dessous, j’aperçus un petit bout de papier blanc. Je le pris et le lu : ça disait qu’un certain Raynold était parti avec sa fiancée dans un lieu sûr vers le Nord. Maugréant, je sortis de la maison, au même instant le sol trembla. La secousse n’était pas très forte, mais elle ne présageait rien de bon.

En sortant, je remarquai un passage vers l’arrière de la maison. Je l’empruntai, et je fus heureux de constater qu’un speeder-bike m’attendait ! Je grimpai dessus et l’allumai. Par chance, il n’était pas équipé d’un système de sécurité. Je mis les gaz à fond et sortis de la ville en direction du Nord. Autour de moi, tout commençait à se transformer. Un bruit assourdissant et continu se faisait maintenant entendre, et je sentais à travers la Force que le sol tremblait sans s’arrêter.

Après une ou deux minutes, je passai devant une sorte de grotte qui s’enfonçait sous terre. Une lueur rouge en sortait, signe du magma présent au fond du trou. J’espérai que les deux personnes que je recherchai n’y fussent pas présentes. Hélas, je sus qu’ils y étaient grâce à la Force.

J’arrêtai mon nouveau speeder devant l’entrée et courut au fond de la grotte. Une forte odeur de soufre s’en dégageait, et à chaque pas, cette émanation devenait de plus en plus nauséabonde. Bientôt, j’entendis les cris d’une femme.

J’arrivai enfin dans une sorte de grande caverne large et haute. La femme qui criait se tenait au bord d’un précipice et tendait sa main vers l’autre bord, une dizaine de mètres plus loin. Entre les deux, de la lave en fusion semblait progresser vers la surface, lentement mais sûrement. Bientôt, la pression ferait exploser toute la caverne.

Je tentai d’éloigner la femme du rebord, mais elle sanglotait et ne faisait même pas attention à moi. Par contre l’homme de l’autre côté m’avait remarqué, et c’est avec de chaudes larmes qu’il me demanda de partir avec sa fiancée. Devant la folie de la femme aux cheveux d’or, je ne pouvais rien faire, à part tenter d’aider son homme. Je reculai de quelques pas pour prendre de l’élan, puis je sautai jusqu’à lui. Je parvins de justesse à y arriver, et c’est l’homme qui m’agrippa pour que je ne perde pas l’équilibre.

— Vous êtes un Jedi ?

— Oui j’en suis un, enfin j’essaye de bien l’être. Moi ça va et vous ?

Il resta bouche bée. Je respirai profondément et me préparai à le prendre avec moi pour le sortir de là.

— Vous n’y arriverez jamais. Laissez-moi là et partez avec ma fiancée, je vous en prie.

— Non, je vais réussir, je vous sortirai de là.

Il ne sembla pas insister sur le moment. J’allai sauter avec lui quand soudainement une violente secousse eu lieu. Je perdis l’équilibre et tombai à genoux. L’homme à la barbe fut déstabilisé et tomba dans le petit gouffre vers la lave. Mais je réussis de justesse à lui attraper le poignet. Il était lourd et même aidé de la Force j’eu beaucoup de mal à le soulever.

— Laissez-moi tomber, vous ne pouvez plus m’aider, me fit-il avec un calme surnaturel.

— Non, j’y arriverai !

A ce moment, il sortit d’une poche de son pantalon un petit vibro-sabre.

— Lâchez-moi ou je vous y oblige !

Je le regardais fixement dans les yeux sans comprendre. Je ne pensais pas qu’il en serait capable.

— Je vous tiens, ça va aller !

— Non !

D’un coup, il se trancha le poignet. Je ne pus rien faire, à part le regarder tomber dans la lave et disparaître à jamais.

Je restai un moment sans bouger, penché vers la lave en contrebas, le bras tendu, tenant encore la main du pauvre homme. Le cri de sa fiancée me fit reprendre mes esprits. D’un bond, je me relevai puis rejoignis la jeune femme. Elle vint se blottir contre mon épaule pour pleurer. Avec l’aide de la Force, je la calmai un peu. Nous restâmes un petit moment ainsi, mais lorsque le sol trembla de plus en plus fort, je l’obligeai à venir avec moi au dehors de la caverne de feu.

Une fois dehors nous montâmes sur le speeder. Je mis plein-gaz vers l’endroit où se tenait le transport. Pendant le trajet, les tremblements se firent toujours plus forts de minute en minute. Et finalement, en arrivant près de la ville, le transport avait disparu. Le terrain était encore plus dévasté que lorsque j’étais parti. La ville s’était totalement effondrée et les bâtiments n’étaient plus que ruines. Je m’arrêtais et essayais de repérer par la Force le vaisseau. Il ne pouvait pas avoir été détruit car je n’avais ressenti aucune impulsion de la Force. Derrière moi, la jeune femme s’était calmée, mais elle pleurait toujours.

Un nouveau tremblement de terre me déconcentra. Je réactivai les propulseurs du speeder et filais vers le Nord-Ouest, en direction d’une des rares villes qui n’avait pas encore évacuée. Je le sentais dans la Force et d’après mes souvenirs, cette ville devait s’appelait Olyum. Il me faudrait environ seize heures de route pour y arriver. Mais c’était mieux que de rester tout seul à attendre des secours…

Je mis les moteurs à leurs maximums, environ trois cent kilomètres par heure. La jeune femme se cramponnait à moi très fort, car une seule manœuvre abrupte pouvait la faire tomber. Au bout d’environ six heures, la nuit commença à tomber. La fatigue me gagna peu à peu, mais heureusement nous traversâmes une zone où la terre ne tremblait pas à ce moment-là. Je décidai donc de m’y arrêter pendant quelques heures pour me reposer auprès d’un des seuls arbres qui était resté vaillamment debout.

Je descendis du speeder lentement en tenant la jeune femme qui dormait depuis un petit moment déjà. Je l’allongeai tout doucement au creux de l’arbre, puis je m’installai tout près. Lentement, je sombrai dans un état de transe. Un état au bout duquel j’aurais repris des forces, sans pour autant avoir endormi mes sens, qui restaient en alerte.




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