Après plus de deux heures de marche active et exténuante, nous n’en pouvions plus. Il fallait en effet faire attention où l’on mettait les pieds à cause des racines et des branches sur le sol. Le froid se mêlant à nos blessures nous fatiguait beaucoup. Je commençais à ne plus sentir ma jambe, et ma gorge était en feu à cause des efforts fournis et du froid qui l’agressait. La sénatrice avait une tête à faire peur alors que Sarah avait plutôt l’air en forme au vu de nos aventures. Cette dernière avait même refusé la toge de jedi que j’avais voulu lui prêter. Mais c’était surtout pour la sénatrice que je m’inquiétais. Sa blessure pouvait être très grave et causer des lésions irréparables voir une hémorragie interne. Certaines de ses côtes s’étaient peut-être fêlées et elles pouvaient toucher le cœur ou d’autres organes. Il fallait que je m’en assure. Tout en marchant j’utilisais la Force pour m’assurer de son état. Elle avait deux côtes cassées, une blessure assez importante que tout son corps essayait de stopper et c’était tout, heureusement. J’étais en partie rassuré, mais notre petite promenade pouvait très bien faire empirer la situation. Puis, j’eus un autre sujet sur lequel réfléchir. Alors que nous avancions laborieusement, je pus revoir la blessure de Sarah. Mais cette blessure n’était déjà plus qu’une égratignure. Il n’en restait qu’un hématome bleu et un centre rouge avec quelques petites croûtes. Je me demandais comment cela était possible. J’étais surpris par cette vision car même ma blessure à la jambe n’avait pas encore évoluée. Elle me faisait toujours aussi mal et n’était pas sur le point de guérir. Or, j’aidais mon corps à le faire à l’aide de la Force, même si je ne pouvais y mettre tout mon pouvoir car j’étais affaibli et en marche.

Au bout de deux autres heures d’avancée et de grimpette, avec en plus le froid qui nous pesait, la sénatrice n’en put plus. Elle demanda qu’on s’arrête. Personnellement, j’étais on ne peut plus d’accord. Même avec la Force, j’étais épuisé. Je n’en revenais pas de l’exploit de la sénatrice et de sa garde du corps, qui malgré leurs blessures et le froid, avaient réussi à parcourir une telle distance. La ville nous semblait encore loin et la densité des grands arbres pourtant quasiment nus empêchait de rétablir une communication stable avec Dam’Nei et les renforts.

Nous trouvâmes un petit coin où nous pûmes nous asseoir aux pieds des arbres, exténués. La sénatrice demanda du feu, d’une voix très faible. Sarah, quant à elle, malgré son sourire, n’avait pas l’air au mieux de sa forme. Je les sondai à travers la Force pour voir à quel point elles étaient touchées et pour leurs redonner un peu d’énergie. Mais je m’aperçus bien vite que la sénatrice était au plus mal. Je me relevai péniblement pour tenter d’allumer un feu. Sarah me demanda si c’était raisonnable avec les pirates qui devaient nous poursuivre mais je lui expliquai le plus bas possible la situation de la sénatrice. Celle-ci, en nous voyant chuchoter, nous informa qu’elle savait qu’elle n’avait plus aucune chance de survie. Sa blessure au flanc était trop importante et elle nous expliqua que la douleur n’avait cessé d’empirer.

— Mais pourquoi n’avez-vous rien dit ? exultais-je.

— Et quand bien même, qu’auriez-vous pu faire…

— Mais j’aurais pu tenter de vous soigner.

— Et comment ? Même vos pouvoirs ne peuvent m’aider.

— Cela reste encore à voir, dis-je en m’acharnant sur le feu qu’avait allumé le droïde astro-mécanicien qui avait réussi à nous suivre à travers toute la forêt.

Lorsque le feu prit mieux et que des flammes chauffantes en jaillirent, je demandai à Sarah de s’en occuper pour que je puisse aider la sénatrice. Sarah s’accroupit alors en mettant des petites branches sur le feu. Bien que les branchages soient très froids, ils n’étaient pas mouillés et le feu prenait de plus en plus, sa douce chaleur se répandant. La sénatrice n’était pas tout à fait d’accord pour que je l’ausculte mais elle ne pouvait pas faire autrement à cause de sa faiblesse.

Je pris sa main droite dans ma main gauche et touchai son front de mon autre main. Sa peau était très blanche, plus que je ne l’aurai jamais cru possible, et même si c’était assez normal pour une arkanienne, elle était bien trop glaciale. La température de son corps s’évaporait et lorsque j’aperçus ses yeux je vis que le blanc laiteux était passé à un gris terne. Il fallait à tout prix que je l’aide. Je regardai sa blessure en ouvrant un peu la couverture qu’elle s’était posée sur elle. Tout le flanc droit était ouvert et le sang, bien que coagulé, s’était mêlé à du pus. Cela donnait à la blessure une couleur verdâtre-jaune mêlée de rouge sombre. Ce n’était pas très beau à voir. Le contour de la blessure était d’un rouge intense, signe que tout son corps essayait de combattre pour soigner la blessure. Mais elle était bien trop importante pour que le corps seul puisse s’en occuper. Il fallait que je lui insuffle de la Force. Il devait y avoir de terribles lésions internes. Je me maudis pour mon erreur, j’aurais dû nous arrêter bien plus tôt et m’assurer de l’état de santé de chacun, avant de nous faire crapahuter dans cette forêt.

Il nous fallait plus de chaleur. Je demandai alors à Sarah de chercher plus de bois pour intensifier le feu. Tandis qu’elle disparaissait entre deux arbres, je crus apercevoir la blessure sur son épaule. Mais ce n’était pas possible. Sa blessure était, elle aussi, assez importante, or d’après ce que je venais de voir, il ne restait déjà plus qu’une petite coupure, à peine une cicatrice. Sa faculté de régénération devait être bien plus élevée que la normale… Mais je ne pouvais m’étendre sur le sujet pour le moment. J’avais d'autres préoccupations. Je me retournai vers la sénatrice pour lui faire part de mon plan. J’allai lui transmettre de mon pouvoir et aider son corps à refermer un peu la blessure. Mais la sénatrice était tombée dans l’inconscience.

Il fallait que je me dépêche ou il serait trop tard pour la sauver. Je me remis dans ma position initiale, ma main gauche dans une de ses mains et mon autre main sur son front. Je me concentrai. La Force était assez puissante ici, en pleine nature. Je pris de l’énergie à chaque élément qui m’entourait pour la transmettre à la sénatrice mourante. Les yeux fermés, mon esprit intensément concentré et fixé sur un seul objectif, soigner la blessure, je transmis une part de ma Force à la sénatrice. Le temps sembla se ralentir tandis que je guidai la Force dans son travail. Je pouvais presque visualiser la blessure et l’intérieur de son corps, bien que mes yeux soient fermés. Mais malgré ma volonté, les forces de la sénatrice la quittaient. Je le sentais. J’échouais. Je ne pouvais le permettre. Je ne le voulais pas. Il fallait que je résiste, que j’aide la sénatrice à lutter.

Dans un dernier sursaut d’énergie, je transmis le reste de ma Force à la sénatrice. Et mon pouvoir de guérison fonctionna. Je sentis la blessure de la sénatrice se refermer, les dégâts les plus importants se réparer, les bactéries être éliminées, et mes yeux se rouvrirent quelques secondes. Je vis une aura bleutée entourer la blessure pour la soigner, la régénérer, mais je vis aussi un impressionnant trou noir. Mes yeux se refermèrent immédiatement et mon esprit s’y engouffra malgré moi.


Lorsque mon esprit s’éveilla, je sentis que des présences se rapprochaient. Des présences clairement hostiles. Je voulus me relever trop vite et un mal de tête horrible s’empara de moi, ainsi que le froid qui se fit sentir. Mes yeux se refermèrent mais je luttai. Il fallait que je reste éveillé. J’entendis alors une voix féminine me dire :

— Reposez-vous encore quelques heures. Ce que vous avez fait à la sénatrice est un véritable miracle. Elle va s’en sortir, ne vous inquiétez pas, elle s’est déjà réveillée une fois. Maintenant elle dort paisiblement. Faites de même.

Mon corps voulut obéir mais ma volonté résista. Si je voulais dormir paisiblement, ce n’était pas maintenant ou alors ce serait la dernière fois. Je me relevai lentement, ma vue était brouillée et mes sens étaient loin d’être efficaces à cent pour cent. J’avais un goût de bile dans la gorge et ma voix était très faible mais je réussis à parler :

— Des… Des ennemis… approchent…

— Quoi ? fit Sarah qui était près de la sénatrice et qui n’avait pas bien compris.

— Les mercenaires sont tout près… Ils arrivent.

Sarah comprit cette fois-là. Elle éteignit le feu d’un geste rapide et réveilla la sénatrice qui émergea aussi lentement que moi. Puis, la garde du corps tendit l’oreille comme pour tenter d'écouter les ennemis arriver. Mais ils devaient être trop loin pour qu’on puisse les entendre. 452 quant à lui n’avait pas pu les détecter à cause de la portée de ses senseurs diminuée dans cette vaste et dense forêt. Mais je les sentais. Ils se rapprochaient et savaient que nous étions tout proches. Je pouvais le lire dans leurs esprits. Mais mes forces ne seraient pas suffisantes pour pouvoir défendre la sénatrice et Sarah.

Cette dernière aida la sénatrice à marcher jusqu’à moi et me demanda si je pouvais bouger. Je lui répondis que je pouvais toujours essayer. Je me mis debout, très lentement, ma vue encore brouillée ainsi que mes sens. Mon utilisation massive de la Force m’en avait privé pour un moment. Je n’avais plus d’énergie, j’étais vidé.

Ce pouvoir de guérison que j’avais appris d’Ildara Mayaserana, mon Maître, était un pouvoir très puissant, que peu de Jedi savaient utiliser parfaitement. Même moi je ne l’utilisais pas au maximum. Mais il était à double tranchant. Il permettait à l’utilisateur de se soigner lui-même ou une autre personne mais requérait un lieu calme et plusieurs heures de repos après utilisation pour pouvoir s’en remettre. Heures dont je ne disposais pas.

J’essayai de trouver Dam’Nei mais je ne pouvais même pas le sentir, tant mon énergie avait diminué. C’était un exploit que je parvienne à sentir les pirates. Sarah aidant la sénatrice, et moi qui marchais très lentement, notre groupe serait vite repéré. Tout un coup, un tir de blaster fusa à nos côtés. Les mercenaires nous avaient trouvés. Je me retournai pour faire face à la menace et sortis mon sabre.

Sarah cacha la sénatrice près d’un arbre en la recouvrant de branchage, sortit son blaster et sauta dans un arbre, avec une grâce que je n’aurais pas crue possible chez un humain normal. Les tirs commencèrent à pleuvoir et mon sabre se mouvait bien trop lentement. Je ne renvoyais que quelques-uns uns des rayons qui me parvenaient, le reste, j’étais obligé de l’esquiver comme je le pouvais. Je voyais quatre hommes armés de blaster qui se rapprochaient sur l’espèce de sentier que délimitaient les arbres majestueux. Mais je sentais qu’ils étaient plus nombreux. Ils devaient être au moins trente. Je les voyais se regrouper, les lasers se faisant de plus en plus nombreux. Ma lame d’énergie ne renvoyait plus que vingt pour cent des rayons et la blessure à ma jambe me fit atrocement souffrir. Je me déplaçais bien trop lentement. J’allai me prendre un rayon laser, c’était certain. Il fallait que je me cache. Il fallait que je saute entre deux arbres sur un des côtés du petit chemin où je me tenais. Mais les tirs ne cessaient pas et les ennemis se rapprochaient. Tout à coup, il y eut un vent de panique chez le groupe d’ennemis et quelques-uns uns des tireurs tombèrent au sol. Je sautai sur l’occasion et avec ma jambe valide, je me propulsai dans les fougères pour essayer de me cacher. Mais les ennemis s’étaient regroupés et mon sauveur avait disparu. Le groupe de pirates s’approchait et ils allaient me trouver. J’étais épuisé et je ne pourrais tenir plus de quelques secondes. J’entendis alors une autre série de tirs et des voix. Ils provenaient de la direction où le groupe d’ennemi se tenait. Je crus cette fois à l’arrivée miracle des renforts mais les tirs s’arrêtèrent aussi mystérieusement qu’ils avaient commencé, et tout fut replongé dans le silence. Quelques secondes plus tard, j’entendis une voix. Elle provenait d’au-dessus de ma tête. Je levai alors les yeux pour voir Sarah sur une des plus grosses branches de l’arbre sur lequel j’étais appuyé. Elle tenait un blaster lourd en plus de son petit blaster personnel. Je ne savais pas comment elle avait réussi son tour, mais l’espoir se refit sentir en moi. C’était elle, bien sûr, qui avait tiré sur les pirates pour détourner leur attention. C’est vrai qu’elle avait soi-disant reçue une formation de garde du corps. Je n’en doutais plus à présent. Je répondis alors à son sourire et lui fis un signe en direction de la sénatrice. Il fallait qu’elle la protège. J’allais m’occuper des agresseurs.

Je me remis debout, sabre allumé à la main. Je contournai le groupe d’ennemis qui avançaient prudemment depuis qu’ils avaient perdu quelques-uns de leurs membres. J’attaquai alors qu’ils ne s’y attendaient pas. Malgré mon dégoût de tuer, je ne pouvais faire autrement, non seulement pour me défendre moi, mais aussi la sénatrice et bien sûr, Sarah. Mon sabre trancha la chair facilement et je tuai plusieurs personnes tout en parant les lasers qu’ils essayaient de tirer dans ma direction. Après quelques morts, je me cachai de nouveau derrière les arbres. Je comptai effectuer plusieurs attaques éclairs pour décimer les rangs ennemis. Mais mon comlink s’activa bien malgré moi et le son de la voix de Dam’Nei me fit repérer. Je me défendis tant bien que mal, et je pus voir que Sarah venait d’arriver. Elle tirait sur les ennemis en faisant mouche à chaque fois. Mais ses tirs étaient bien trop nombreux. Dam’Nei surgit alors sabre au clair et anéantit lui aussi plusieurs ennemis. Les renforts nous avaient trouvés. Dès que la menace disparut et que la tension retomba, je m’écroulai dans le néant.




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