Je laissai Alex rejoindre nos droïdes astromécano pour analyser les données recueillies tandis que j’allai rendre visite au Hutt. Je fus devant lui au bout de quelques minutes seulement, son bureau se trouvant à proximité, relative, du huitième bureau. Lorsqu’il me vit, il comprit aussitôt que j’étais un Jedi, et il eut un mouvement de recul. Cela était déjà un premier indice de son implication dans l’enquête que je menais. Il paraissait aussi hésitant.

Je lui parlai de notre enquête, je lui posai des questions d’ordre général. Il répondit la même chose que la Selkath, à un détail près : parfois, il était payé pour assurer une cargaison autre que du Kolto. Je lui demandai de me fournir plus de détails ou de m’emmener directement à un entrepôt où étaient installées ces cargaisons. Sa réponse semblait le sauver, du moins pour quelque temps :

— S’il vous plait, dit-il dans un basic impeccable, je suis un Hutt qui aime les courses de modules. Demain a lieu la compétition, je dois tout préparer, j’ai beaucoup de travail et de personnes à voir. J’ai des paris à tenir, alors si vous voulez bien, nous reprendrons cette conversation dans deux jours.

— Je refuse, rétorquai-je. Répondez-moi immédiatement, sinon je vous arrête. Vous n’aimeriez pas rater votre course, n’est-ce pas ? fis-je enfin avec un geste de la main vers le Hutt.

— Et vous, vous n’aimeriez pas que votre Ordre soit obligé de régler un petit conflit planétaire. Car je suis très populaire ici et je n’ai rien à me reprocher. Si vous m’arrêtez maintenant et que je suis non coupable dans votre enquête, cela va créer quelques petits désordres.

Je serrai les dents : cette limace semblait pouvoir se protéger contre la persuasion de la Force, que ce soit instinctif ou contrôlé. Mais je ne sentais aucune aura particulière similaire à celle d'un Jedi. Jucha reprit :

— Je vous propose un petit marché. Pariez sur la course de demain. Si votre pilote remporte la course, je vous livrerai toutes les informations que vous voulez. Par contre, si vous perdez, vous devrez me laisser tranquille et embêter cette Shama à ma place.

Ce marché était étrange, mais je ne devais pas prendre le risque de perdre des informations qui pourraient être capitales.

— Très bien, j’accepte.

— Fort bien. Je vous donne tout de suite la liste des pilotes. Faîtes votre choix et revenez me voir dans ma loge demain matin, peu avant le début de la course.

Sur ces mots, il s’était dirigé vers moi en rampant et me guidait à la porte. Il était clair que ma présence le dérangeait à présent.

Je rejoignis Alex à la place centrale. Il était encore accompagné de X-302, et les astromécanos n’avaient pas fini d’analyser les données. Je fis part à mon camarade du marché du Hutt, et ensemble nous regardâmes les différents pilotes de la course. Ils étaient vingt-quatre au total, tous d’origines différentes. Leurs modules étaient tout aussi différents : du mini-pod de deux mètres de large, au poids lourd de trois tonnes, en passant par les trimoteurs et les quadrimoteurs. Aucun pilote ne m’était familier, aussi je dus m’en remettre à la Force. Je fis défiler les pilotes puis sans regarder, je m’arrêtai sur l’un d’entre eux.

Le pilote choisi était un Dug de Malastare. Il courait depuis une vingtaine d’années. Il avait été champion pendant ses premières années avant d’être battu sur Tatooine, lors de la célère Bounta Eve, par un humain. Son module fut détruit ce jour là, mais il acheta celui du vainqueur dont le nom n’était pas indiqué sur la fiche du pilote. Les courses suivantes furent désastreuses pour lui pendant quelques années jusqu’à la course d’Aquilaris où il réussit à décrocher la seconde place. Depuis, il se disputait la première place avec le même adversaire et avait fini la saison précédente tout près du titre.

— Bon choix, me fit Alex.

— Merci… Bon, puisque nous n’avons rien à faire, je propose d’aller nous reposer à nos vaisseaux.

Alex accepta. Nous n’allions en fait pas nous reposer, juste méditer plusieurs heures.


Le lendemain, je rendis visite à Jucha, comme il l’avait demandé, avec le nom du pilote choisi. Quant au Hutt, lui, il paria sur le champion du moment, répondant au nom de Mystico. J’étais l’invité spécial du Hutt, obligé de rester dans sa loge avec vue imprenable sur la ligne de départ de la course et les vingt-quatre modules de courses qui vrombissaient déjà. Au-dessus de la baie d’observation de la loge avait été installé un écran géant holographique. Dessus, on pouvait voir, grâce à des centaines de droïdes-caméra, chaque pilote, chaque recoin de la piste.

Le soleil commençait à se lever à l’horizon, en face des pilotes. Avec la lumière du soleil, je parvins à discerner la première ligne de module. J’aperçus celui de mon pilote. À côté de lui, se trouvait un module vert, celui de Gasgano. De l’autre côté, à sa droite, un énorme engin, noir. L’habitacle était complètement fermé, protégeant le pilote de façon optimale. Celui-ci devait piloter au moyen de capteurs et d’un écran.

Les feux du départ s'allumèrent en rouge. Le premier s’éteignit, puis le second, puis le troisième, puis tous se mirent au vert. Les modules démarrèrent.

— Et c’est comme d’habitude le Dug Sebulba qui prend la tête au démarrage, suivit de près par Gasgano ! fit la voix du présentateur en langage basic.

Mon pilote était effectivement le plus rapide au départ, et il fila à toute allure sur la première ligne droite, dépassant aisément les huit cents kilomètres par heures. Le Hutt derrière moi appuya sur le bouton d’une télécommande. L’écran afficha l’énorme module, celui de Mystico. Il avait eu un démarrage très lent, et était dernier, mais déjà après plusieurs virages, il rattrapait ceux qui le précédaient. Ce qui était inquiétant, c’est que sur son passage, les autres pilotes se crashaient.

Le premier fut broyé par le flux d’énergie qui relie les deux moteurs, le second fut collé contre le mur, le troisième prit feu d’un coup alors qu’il ne se trouvait qu’à côté de lui. Sebulba de son côté avait pris de l’avance, toujours suivit par Gasgano, et était sorti de la ville. Dorénavant, la course prenait place à la surface de l’eau. C’est sur cette surface que Mystico écrasa plusieurs concurrents encore. C’était intolérable, mais les fans dans les tribunes appréciaient.

Le premier tour se termina avec six coureurs en moins. À la fin du deuxième tour, il n’en restait plus que douze, tous se suivant de près. Le dernier tour commença avec Sebulba et Gasgano en tête de course, suivis par Tempo Bagalies à une centaine de mètres, puis d’un certain Aldar Beedo. Derrière eux se rapprochait inexorablement Mystico.

Le Hutt s’amusait, il semblait certain que son favori allait gagner. Mais la course n’était pas finie. C’est au milieu du dernier tour que je reçus un appel d’Alex, m’informant que les données avaient été analysées et qu’il y avait des trous financiers importants à certains moments. Il en avait parlé lui-même à dame Shama, qui n’était pas au courant, mais qui lui avait révélé qu’elle avait des soupçons à l’encontre de son second coordinateur. Ainsi, Alex appela la police planétaire pour procéder à son arrestation dès la fin de la course… qui n’allait pas tarder.

Ne souhaitant pas se faire rattraper par Mystico, Tempo Bagalies avait poussé ses moteurs à fond dans la première grande ligne droite du tour, mais ils explosèrent, sans nuire à la vie du pilote, heureusement. Bagalies échappa ainsi à Mystico. Aldar Beedo préféra sortir de la course, se disqualifiant. Quant à Gasgano, il ralentit pour le laisser passer, reprenant de la vitesse après le passage du module noir. Sebulba était seul en tête, avec derrière lui Mystico.

— Sebulba ne pourra jamais gagner, car Mystico est mon droïde personnel modifié par mes soins.

— N’est-ce pas considéré comme de la triche d’employer un pilote droïde ? lui demandai-je alors.

— Mais personne ne sait que c’est un droïde, et comme je vais gagner, notre accord stipule que vous quittiez la planète sans rien dire de contrariant à mon égard.

— Je n’en suis pas si sûr.

Bien que l’issue de la course me soit maintenant indifférente, j’espérai voir le Dug gagner contre ce droïde. La tension au sein du public était palpable dans la Force, surtout lors de la dernière ligne droite, avant l’entrée dans la ville d’Atho.

Sebulba était suivi de très près par Mystico, qui allait l’engloutir. Mais quelque chose d’imprévu intervint, et Sebulba le remarqua : la surface de l’eau semblait se mouvoir à la même vitesse et dans la même direction que les deux modules. L’eau en mouvement prit du volume et commença à s’élever bizarrement. Puis à une distance de deux cents mètres environs de Sebulba, droit devant lui, une créature émergea du monticule d’eau, ouvrant sa large gueule édentée, prête à avaler au passage le module de Sebulba. Le Dug fit obliquer brutalement son module sur la droite, évitant de justesse d’être gobé. Mystico, qui était programmé pour suivre la piste en fonçant sur tous les obstacles en chemin, ne prit pas la peine d’éviter l’immense masse d’écailles. Malgré la vitesse du module, la créature sous-marine parvint à choper le module noir avec ses dents, et l’emmena avec elle dans les profondeurs de l’océan. Sebulba fini la course tranquillement, fier de pouvoir enfin reconquérir son titre de champion car débarrassé de son principal adversaire. Il fut suivit par Gasgano derrière lui, puis des derniers pilotes de la course.

Dans la loge, le silence régnait. Je me retournai lentement, et je vis le regard ébahi du Hutt. Ses gardes commençaient à prendre leurs armes, mais je fus plus rapide. J’allumai mon sabre et je sautai vers le Hutt, pointant ma lame entre ses deux gros yeux globuleux. Les gardes ne bougèrent plus, Alex arriva avec la police planétaire, et le Hutt fut arrêté.

— Je suis innocent Jedi, je le jure, au nom de la République, je suis innocent, cria-t-il alors qu’on l’emmenait.

Quelques heures plus tard, Alex et moi contemplions l’océan par-delà une baie vitrée.

— C’étaient de jolies vacances, courtes, mais tranquilles, fit-il.

— Oui. Maintenant, nous devrions aller voir ce qu’il en est de ces cargaisons mystérieuses.

— D’après les données des droïdes, une livraison doit partir ce soir.

— Est-ce qu’on sait au moins d’où part ce vaisseau ?

— À mon avis, du même astroport privée de l’OAA, me répondit Alex.

— Mais qu’attendais-tu pour me le dire ?

— Ben qu’on en parle.

— Mais tu te crois en vacances ou quoi ? On est en mission officielle là, et c’est du sérieux. Bon allez suis-moi, on ne perd pas plus de temps.

On mit quelques dizaines de minutes pour arriver à cet astroport privé, situé à quelques vingtaines de kilomètres au nord d’Atho. Il n’était pas très grand, mais assez conséquent tout de même. Un transport type Gallofree était déjà prêt à partir.

Rapidement, on atterrit et on se rendit au quai en plein air. Plusieurs mécaniciens et employés de l’OAA travaillaient autour du transporteur. Les cargaisons semblaient déjà installées à bord, et seule la rampe de service était encore abaissée. Les moteurs paraissaient déjà chauffer.

— Au nom du Sénat et du Conseil des Jedi, nous souhaitons parler à votre patron, fis-je en m’approchant d’un groupe près de la rampe d’accès.

Ces derniers nous observèrent un moment, incrédules, avant de tous se mettre à fuir dans toutes les directions. Alex les interpella, mais ils s’enfuyaient toujours. Mon regard se porta sur un autre groupe d’employés un peu plus loin, lesquels détalèrent rapidement. En moins d’une minute, il n’y avait plus personne.

— Eh ben, quel accueil charmant, remarqua Alex.

Soudain, les moteurs du transport semblèrent exploser vu que l’on était bien trop proche d’eux à leur activation. Le vaisseau commençait déjà à s’élever dans les airs et à avancer. La rampe aussi se mit très vite à se fermer.

— Oh non ! Vite dépêche-toi ! criai-je à mon camarade.

Nous courûmes le plus vite possible vers le vaisseau, nous sautâmes au même moment, effectuant en parfaite synchronisation un saut périlleux avant. Nous parvînmes de justesse à nous glisser à l’intérieur du vaisseau.

— Heu… et pour ce qui est de l’isolation, on fait comment ?

— J’en sais rien moi, Alex, et pourquoi tu dis ça d’abord ?

— Ben il me semble que les Gallofree, sauf ceux que nous avons employés sur Ennth, ne sont pas bien isolés dans la soute à cargaison…

— Mince Alex, pourquoi tu m’en informes que maintenant !

— Ben parce qu’avant je n’avais pas besoin de te rappeler ce détail…

Sans en dire plus, nous activâmes nos sabres laser pour ouvrir l’une des caisses, remplies d’algues vertes, comme prévue. Nous nous y enfonçâmes, ce qui allait déjà nous aider à rester au chaud. Tandis que le froid commençait à bien se faire sentir, nous nous laissâmes envahir par la Force, concentrés sur notre transe qui allait durer tout le temps du voyage vers la destination qui devait être Malastare… un endroit qu’on attendrait en deux jours depuis Manaan.




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