A la fin de la cinquième semaine, Alex n’en pouvait plus. Il voulait quitter la planète.

— Je te le dis, c’est du n’importe quoi, me disait-il à la fin de la journée. Ça nous sert vraiment à rien de retrouver les trente kilos de bières corellienne perdu par un marchand, ou de déblayer la neige devant les portes du spatioport !

— Tu sais à la base, c’est ce genre de mission qu’on aurait fait dans toute la galaxie.

— Mais non ! On est des diplomates !

— Pas encore, on est toujours trop jeune et nous n’avons pas assez d’expérience… on peut s’estimer heureux en fait d’avoir participé activement à mettre au grand jour un réseau d’ampleur galactique. C’était un coup de chance. Si le Conseil savait que c’était si grand que ça, il ne nous aurait pas mis sur le coup.

— Et décharger trente mille databloc ça va nous aider à faire de la diplomatie peut-être ? Tu parles d’une expérience…

— Ecoute, lui fis-je plus sérieusement en me levant de mon lit, cela nous permet d’accroitre nos reflexes et d’entretenir notre force physique. C’est déjà pas si mal. En plus, je pense que c’est un genre de test. Je crois qu’il veut voir jusqu’où notre patience ira.

— Ah, ce n’est pas bête... Ben ça tombe bien, je suis à bout, je vais lui en parler.

— Eh attend !

Je le suivais alors qu’il marchait déjà rapidement vers la salle principale, où Torn Adalsa était assis autour d’une table à… lire un simple journal sur son databloc personnel.

— Maître Adalsa, nous avons un problème.

— Qu’y a-t-il, jeune Alex ? répondit le calamari sans se détourner de sa lecture.

— On en a marre. J’aimerais que vous aidiez Loïc à méditer, qu’on en finisse.

— Hum… bien. Mais il y a un petit problème.

— Lequel, demandai-je.

— Je pars demain, pour une simple mission. Je reviens que dans… hum… deux mois.

— Quoi ? m’étonnai-je.

— Loïc, c’est décidé, je vais me tuer.

— Faites ce que vous voulez, je ne serais plus là pour vous surveiller et vérifier si vous faites bien vos tâches. Ça vous laissera un peu plus de temps libre, j’imagine. De quoi te défouler, Alex.

Alex me regarda. Je soutins son regard et après quelques secondes, nous pensions à la même chose : des duels entre nous au sabre laser.

— Je vous l’interdis. Vos duels, précisa Torn Adalsa alors que nous le regardions, étonné. Vous devriez plutôt aller à la bibliothèque et lire quelques livres. Mar Kjan sera toujours là lui, même si vous le voyez peu, lui vous voit souvent, et s’il vous voit en duel, il vous bottera les fesses, c’est compris ?

— Oui maître…

— Allez dormir maintenant les petits, allez, oust !

— Il nous prend vraiment pour des gamins en fait, fis-je à Alex alors qu’on revenait à nos chambres.

— Et toi qui disais que le temps allait vite passer… je te félicite pour ta bonne clairvoyance !

Peu réconforté après cette discussion, mais toujours obéissant, nous ne cherchâmes pas à se faire des duels. D’ailleurs Alex s’en ventait, prétextant qu’il aurait gagné de toute manière.

Mais l’ennuie nous gagna plus rapidement lorsque l’hiver se fit bien sentir un mois après le départ du spécialiste en méditation. Les tempêtes de neiges se firent plus courantes et devinrent plus violentes. De ce fait, plutôt rare étaient les transports qui atterrissaient.

Alors que je commençais à me mettre a la lecture de quelques ouvrages de la petite bibliothèque, Alex se mit à se balader en ville, jusqu’au jour où il eut l’idée d’emprunter un jeu de carte pour jouer avec des gens de passage. En quelques semaines, il devint assez réputé sur Rhen Var, presque un champion non officiel de sabacc.

Un soir de la onzième semaine sur Rhen Var, il rentra enfin au Temple, et vint me trouver à la bibliothèque.

— Hey, me fit-il en s’avançant vers moi.

— Yo. Tu rentres tard, l’ami.

— On n’a pas d’heure, ça tombe bien, me répondit-il en posant son manteau plein de neige sur le dossier d’une chaise en bois, en face de moi autour de la table.

— Tu continues de jouer au sabacc, lui demandais-je sans lever le nez de ma lecture en cours.

— Ouais, je gagne pas mal de crédits en fait, et non, je n’use pas de la Force !

— Est-ce que j’ai dit quelque chose ?

— Je te vois venir, là, à me faire la morale.

— Je n’ai rien dit.

— Oui ben, en fait, vu que je gagne pas mal, je prévoyais de me créer un petit compte bancaire.

— Ici, sur Rhen Var, m’étonnais-je en croisant enfin son regard.

— Oui, je pense qu’il n’y a que très peu de risque pour que je sois découvert. Et imagine que, pour une mission, on ait besoin d’urgence de beaucoup de crédit ? Au lieu d’attendre des semaines pour obtenir un prêt de la République, on pourra se servir ici. T’en penses quoi ?

— Que si tu te fais choper, je ne suis au courant de rien.

— Comme tu veux. Mais ne viens pas me demander un jour de te prêter de l’argent alors, fit-il enfin en s’asseyant puis en se balançant légèrement en arrière avec sa chaise.

Il s’ensuivit quelques minutes de silence. On ressentait dans l’atmosphère un bon ennui et une lassitude pesante. Mais moi j’avais trouvé quelque chose qui m’intéressait un peu :

— Tu écris quoi, me demanda Alex en arrêtant de se balancer.

— J’ai trouvé quelques livres, de gens anonymes pour la plupart des auteurs, mais surement jedi, qui parlent de la Force et des midichloriens.

— Et donc ?

— Ça ma fait repenser à ce qu’à dit un jour Yoda, au conseil… que nous faisions partie du sorte de génération plus réceptive que la normale.

— Ah oui, je m’en souviens. Je crois.

— J’ai établi une petite théorie, pour expliquer ça. Mais je crois que c’est assez bancal en fait.

— Montre-moi ça, me fit-il en me prenant mon databloc sur lequel étaient écrites mes idées.

Il le lu rapidement avec un air réellement intéressé :


Théorie : Très proche du centre de la Galaxie, des centaines de mondes éclatèrent en un même instant, libérant une énergie vitale phénoménale. La Force, qui est tout, a donc rabattue ce dégagement de puissance parmi les êtres vivants naissant alors. (Au niveau galactique, l’instant de la destruction des mondes équivaut à un intervalle de trois ans au plus). Théorie qui repose sur une hypothèse de départ : les midichloriens sont indestructibles, en quantité non infini mais phénoménale.


— Heu, bien.

— Bien ?

— Oui bah, c’est bien trouvé, tenta-t-il de préciser en me rendant mes notes.

— Tu dis ça pour me faire plaisir ou tu le penses vraiment ?

— Ben, il y a juste quelques petits points à éclaircir.

— Oui je sais, faut voir si au centre de la galaxie plusieurs étoiles sont mortes en même temps il y a vingt ans.

— Et demander à Yoda ce qu’il en est exactement des midichloriens.

— Je lui demanderai dans… heu… un an et demi.

— Un an, neuf mois, quatorze jours et dix heures…

— Tu t’ennuies vraiment dis donc…

— Et comme je n’ai rien d’autre à faire, je vais aller dormir.

— Ok, je ne vais pas tarder non plus de toute façon, je finis mon livre et voilà.

Alex ne me répondit même pas, il partait déjà vers nos chambres, laissant d’ailleurs son manteau trempé sur la chaise en bois.

Lorsque Torn Adalsa revint, avec deux semaines de retard, je cru que c’était le plus beau jour depuis qu’on était sur cette planète gelée. Malheureusement, ce fut tout le contraire, ou presque.

— Ah, tu es là, parfait, me fit-il simplement alors que je l’attendais à l’entrée du temple.

— Heu oui, évidement puisque…

— Ne perdons pas de temps, je vais commencer à te faire méditer. Suis-moi.

Il se retourna immédiatement, et je ne pus que me résoudre à le suivre d’un air interloqué.

— Mais où est-ce qu’on va, demandais-je alors que l’on continuait à s’éloigner du temple.

— Croyais-tu qu’on méditerait tranquillement au chaud ?

— On va dans une grotte ? Ou quelque chose comme ça ?

— Non, nous allons faire ça… ici.

— Au milieu de nulle part ? On est trop à découvert, et en plus, le vent est glacial !

— Leçon numéro une, me dit-il simplement en me faisant face. Pour méditer, il faut faire abstraction de tout ce que l’on ressent physiquement.

— Heu… C’est-à-dire ? Nos cinq sens ?

Torn hocha la tête.

— C’est ça. En clair, tant que tu auras froid, que tu chercheras à te réchauffer à l’aide de la Force, nous ne passerons pas à la leçon numéro deux. Allez, vas-y.

Serrant les dents, je me mis à genoux sur la neige et fermai les yeux. Adalsa fit de même. Le vent se mit à souffler plus fort que d’habitude. Je ne tins même pas une minute avant d’utiliser inconsciemment la Force pour me protéger du vent.

— On rentre.

— Quoi ?

— Tu as échoué, fit-il en se relevant. On recommencera demain.

Marchant tranquillement, il me dépassa et me laissa là, tout seul, l’air hébété. Au bout de quelques secondes, je me décidai enfin à rentrer à mon tour au temple.

Il me fallut deux semaines pour me rendre compte que c’était le calamari qui parvenait à faire baisser un peu plus la température pour m’affaiblir. Une fois cela comprit, il me fut un peu plus facile de résister. Mais ce n’est que lorsque je réussissais à tenir une heure dans le froid sans bouger que Torn me faisait passer à l’étape suivante. Heureusement, j’avais l’air plutôt résistant au froid naturellement quand même.

La deuxième étape consistait à faire baisser mon rythme cardiaque. Ce fut plus difficile que prévu. Lorsque je parvenais à diminuer le rythme des battements, je n’arrivai plus à rester concentré. Peu à peu je parvenais à gagner quelques battements, mais un beau jour, j’en tombai malade : le froid et un rythme cardiaque faible, ça ne faisait pas très bon ménage pour l’organisme. Je perdis quelques jours à me rétablir, pour recommencer presque à zéro cette deuxième étape. Mais avec un peu plus de temps et d’expérience, je parvins au niveau cardiaque requis pour passer à la troisième étape sans retomber malade.

A l’étape suivante, je devais ressentir seulement à l’aide de la Force mon environnement. Il s’agissait en fait de savoir contrôler ses pensées, de se vider l’esprit et de ne ressentir que ce qui nous entourait. Il ne devait pas y avoir de sentiments ou de jugement dans mon esprit à ce moment là. Simplement ressentir la neige sous mes genoux, le vent glacial sur mon visage, les battements de mon cœur, puis ceux d’Adalsa. Ensuite, je devais améliorer mon « champs de vision » par la Force.

En fait, je ressentais les choses autour de moi comme à l’intérieur d’une bulle. Plus je me concentrais sur la Force, plus j’augmentais la taille de la bulle autour de moi, et je ressentais parfaitement toutes choses qui se trouvait à l’intérieur de cette bulle. Bien entendu, il existait une limite : si la bulle, donc le champs de vision, devenait trop grand par rapport à notre capacité de maîtriser la Force, on ressentait les choses moins précisément. Ainsi par exemple, si j’essayais d’englober la moitié de la planète dans mon champ de vision, je ne ressentais quasiment rien : à moins d’une forte source d’énergie, je ne pouvais pas ressentir les êtres vivants, même Torn, à quelques mètres de moi, devenait plutôt flou, je n’entendais plus en tout cas les battements de son cœur ou sa respiration.

Tout était question d’équilibre finalement, entre le degré de perception, la précision que l’on voulait atteindre, et la distance jusqu’où on voulait percevoir les choses. Bien entendu, de très bon Jedi parvenait certainement à percevoir chaque chose d’un bout à l’autre d’une planète. Sûrement que c’était le cas de Yoda, mais moi j’en étais loin de par mon manque d’expérience, et ma maitrise de la Force, nettement moins bonne que le plus âgé des jedi. Il m’était arrivé d’ailleurs de rêver rapidement que je parvenais à percevoir toute la galaxie de cette façon. Celui qui y parviendrait serait véritablement le plus puissant utilisateur de la Force de la galaxie, toutes époques confondues.

Après avoir passé suffisamment de temps à percevoir les choses autour de moi pour me vider l’esprit, Torn Adalsa me fit passer à l’étape quatre, la dernière, la plus capitale : celle qui devait m’apporter des réponses à ces rêves étranges.




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