La dernière étape, que j’avais donc finalement atteinte en douze semaines après la première séance, devait m’amener à retrouver ces rêves, tout en gardant une conscience éveillée pour les interpréter.

Malheureusement, malgré tout le temps qu’on y passait, je n’y parvenais pas. Je me concentrais sur une image de mon rêve, mais elle devenait toujours floue. Il me fut incompréhensiblement difficile de maintenir une image correcte du rêve plusieurs minutes.

Une fois que je parvenais finalement à garder une image dans mon esprit, il me fallait « en rêver » une nouvelle fois : revoir en image ce qui précédait, pour voir ce qui suivait, d’une façon ralenti en quelque sorte, pour étudier ce que ça voulait signifier. Ce fut encore plus difficile, comme si quelque chose bloquait cette étape dans mon esprit, ou que quelqu’un quelque part m’empêchait d’avoir accès à mes propres rêves. Ou était-ce la Force elle-même qui m’en empêchait ? Je m’étais posé la question au bout d’un moment, mais ça n’avait vraiment aucun sens. Pourquoi m’aurait-elle montrée ça dans mon sommeil si c’était pour m’empêcher de l’étudier par la suite ?

Quoiqu’il en soit, Torn Adalsa, qui était plutôt têtu finalement, continua à me faire travailler un bon moment, avant de cesser ses efforts du jour au lendemain :

— Il manque quelque chose, me dit finalement Torn Adalsa lors de notre dernière séance.

— Quoi donc ?

— Je ne sais pas, répondit-il en baissant la tête. Un élément déclencheur je dirais, enfin je crois. Je n’en suis pas sûr.

— Que dois-je faire alors ?

— Me prévenir la prochaine fois que tu as de nouveaux rêves ressemblant à ceux que l’on cherche à décrypter.

— Et c’est tout ?

— J’en suis désolé. La bonne nouvelle, c’est que tu pourras aller voir Mar Kjan. Quant à moi, je vais aller sur Coruscant. Je partirai demain.

Le lendemain, en fin de soirée, il prit un petit transport pour rejoindre les mondes du noyau. En partant, il me conseilla de continuer à méditer de temps en temps. Je me doutais qu’il partait au Temple Jedi de Coruscant pour en discuter avec le Conseil, mais je le laissai faire. Après tout, j’étais dépassé par tout ça, je n’avais rien à faire. Le suivre m’aurait rien appris de plus. Finalement, après trente huit semaines sur Rhen Var, je n’avais trouvé aucune réponse. Et il restait un peu plus d’un an à passer sur cette planète.

Penser à m’entraîner au sabre tout ce temps me fit sourire : la prochaine fois que je rencontrerais l’homme qui m’avait malmené sur Thyferra, je serai fin prêt pour l’affronter correctement, et lui faire payer l’humiliation qu’il m’avait fait subir.

Le jour suivant, je me préparai à trouver Mar Kjan, et à affronter son allure hostile, afin qu’il puisse m’apprendre quelques rudiments de combats améliorés. Mais en sortant de ma chambre, je tombai sur Alex qui allait rentrer dans sa chambre.

— Oh tiens, t’es encore là ? Tu ne médites pas, comme tous les matins, aujourd’hui, me demanda-t-il.

— Si tu passais un peu moins de temps à jouer au sabacc toute la nuit tu serais au courant.

— Je plaisante, je sais qu’il est partit.

— Mais attends deux minutes, fis-je d’un coup étonné, tu viens juste de rentrer là ? Tu as vraiment passé la nuit en ville à jouer aux cartes ?

— Heu… oui mais ce n’est pas ma faute, il y avait le fameux Tournoi Annuel de la Nuit de Rhen Var. Alias le TANRV.

— Très intéressant... Et tu as gagné ?

— Non… comme un idiot, j’ai voulu jouer sans tricher, je veux dire, sans utiliser la Force. Ben j’ai perdu en demi-finale. Tu vas rire, je me suis fait battre deux fois par la même femme. Mais je compte bien gagner celui de l’année prochaine.

— Demi-finaliste alors… C’est pas si mal. Et ça te fait un bon pactole j’espère ?

— Quelques quatre mille crédits… Hey mais si t’as plus de méditation, ça veut dire que t’es libre toute la journée, non ? On peut aller visiter d’autres parties des ruines !

Rhen Var possédait en effet énormément de ruines, à la fois en surface, mais aussi, et surtout, souterraines. Vestiges d’une civilisation disparue, probablement à cause d’une glaciation trop rapide de la planète, ces ruines étaient appréciées d’archéologues… et de pilleurs en quête d’objets de valeurs à revendre à des prix exorbitants. C’était d’ailleurs une de nos missions à long termes que nous avions, que de protéger ces ruines. Mais au vu de l’ampleur du site, deux jedi, c’était bien trop peu.

Il nous arrivait souvent de passer quelques après midi dans les souterrains, à se balader au détour de corridors sombres, ou de salles étonnamment spacieuses, et étonnamment bien creusées aussi : les parois étaient d’un lisse absolu, et ce malgré les milliers d’années où ça n’avait jamais été entretenu. Parcourir ces ruines était à la fois amusant et intéressant, même si parfois dangereux. Certaines salles étaient effondrées. J’aurais aimé partir maintenant pour une nouvelle ruine, mais je me ravisai : il me fallait voir Mar Kjan d’abord.

— Demain si tu veux bien. Aujourd’hui je vais voir Mar Kjan.

— Pas de problème, je vais pouvoir dormir comme ça.

— Ça t’arrange bien en fait hein ?

— Plus que ce que tu crois, héhé.

— Bonne nuit alors.

— Elle sera bonne t’inquiète. Bonne journée à toi, me fit-il enfin en refermant la porte de sa chambre.

Bizarrement, je trouvai Mar Kjan facilement, alors que d’habitude on ne le voyait que très peu. Il m’attendait à la pièce principale du temple.

— Je t’attendais, Solaris.

— Tant mieux ça m’évite de vous chercher.

— Tu veux vraiment t’améliorer au sabre ?

— Vous ne voulez pas perdre de temps à m’entrainer ?

— Pourquoi veux-tu être meilleur ?

— Pour me défendre, et réussir plus efficacement mes futures missions.

— Mouais… Bon en fait on s’en fout, je vais t’entrainer, ça me fera quelqu’un à taper. Suis-moi, on va à la salle d’entraînement.

Située au deuxième étage du temple, la salle d’entrainement était petite, environ le quart de la plus grande du temple de Coruscant, mal éclairée, peu entretenue, puante aussi, enfin légèrement. L’odeur qui s’en dégageait n’était pas facilement définissable et ressemblait à celle d’une pièce que l’on n’avait pas aérée depuis pas mal de temps.

— La prochaine fois, tu laisseras ton sabre laser dans ta chambre. Ici, on utilisera ça.

A peine entré dans la salle, il avait déposé son manteau par terre, s’était dirigé vers un genre de placard, et en sortit un katana en bois qu’il me lança.

Rattrapant l’arme d’entraînement sans difficulté, je ne fus qu’étonné de la lourdeur de la chose.

— Extérieurement, c’est en bois. A l’intérieur, c’est du métal. C’est lourd, résistant, bien équilibré, et ça fais mal de s’en prendre un coup. Rien de mieux pour progresser.

— Ça me va, fis-je en commençant quelque mouvement de ma main droite.

-Arrête ça. Utilise ta main gauche. Et rien qu’elle.

— D’accord, fis-je simplement en changeant l’arme de main, et ne me doutant pas de la suite.

— Je vais te donner une raclé, histoire de voir ton niveau de dextérité de ta main gauche, ensuite, j’aviserai des entrainements en fonction de ça.

— Je ne me laisserais pas faire.

— C’est parti.

Sans une seconde de plus, il se jeta sur moi, deux katanas en mains. J’essayais de parer, mais il me contra trop facilement : je n’avais pas du tout la même force au bras gauche qu’au droit. De son autre katana, il me flanqua un terrible coup à la hanche droite. J’en tombai à genoux, poussant un cri de douleur.

— Relève-toi vite. Ne laisse pas de répits à tes adversaires, ne les laisses pas penser une seule seconde qu’ils ont l’avantage.

Me relevant difficilement, une douleur trop forte m’empêchant de me maintenir correctement debout, je me mis en garde, avec mon seul bras gauche. Mar Kjan chargea à nouveau, et semblait vouloir me donner un coup de haut en bas. Je levai mon katana… trop tard. C’était trop lourd à porter, trop difficile, trop lent. Il me porta un coup de son bras gauche sur ma main gauche. Ce fut très douloureux, sans protection, et je lâchai mon arme qui tomba lourdement sur le tatami. Suivant cette action, Mar pivota, et de son katana à la main droite, tenta de me flanquer un nouveau coup à ma hanche déjà très endoloris. J’eus le temps de me mettre à genoux et de placer mon bras droit en couverture. Je ne sais pas si c’était la meilleure chose à faire… en tout cas, blessé pour blessé, la douleur était la même : il frappa tellement fort que je sentis mon bras se casser en quatre, au bras et à l’avant-bras.

Je poussais un terrible cri. Je ne m’attendais pas à une telle douleur. Je ne me souvenais pas avoir eu aussi mal d’ailleurs. J’aurais préféré un coup de blaster. Et comme si ça ne suffisait pas, le jedi me porta un dernier coup, de haut en bas, sur mon épaule gauche, alors que j’avais les yeux fermé et que je criais. Une nouvelle douleur, toute forte que la précédente se fit sentir : l’épaule aussi venait de craquer. Cette fois, j’avais tellement mal que je ne parvenais même plus à hurler. Mar Kjan me laissa ainsi pendant plusieurs longues secondes, puis rangea les katanas, passa à côté de moi et se dirigea vers la sortie.

— Si tu veux te faire soigner, rejoins-moi à l’infirmerie, dit-il simplement, calmement, alors qu’il fermait la porte derrière lui.

A présent seul au milieu de la salle, à genoux, les yeux pleurant de douleurs, les dents serrés, je ne réussis qu’à soupirer une insulte, non pas contre Mar Kjan, mais contre moi-même : je voulais devenir meilleur pour ne plus être ridiculisé… voilà que je venais de me faire humilier en beauté, en même pas vingt petites secondes…




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