Chapitre 3


Les douleurs s’étaient atténuées mais étaient encore présentes. Je commençais à reprendre mes esprits, et je me rappelais, peu à peu, ce qui m’était arrivé. Mes sens s’éveillèrent lentement : Je percevais des échos, des cris indistincts et des bourdonnements, le bruit caractéristique d’un sabre laser. Je tentais de bouger mais mes muscles me faisaient mal. Je m’en étais sorti de justesse… je n’aurai pas dû m’en sortir !

Je pris appui de mes mains sur le sol qui était froid et poussiéreux. Mes muscles étaient très endoloris mais malgré la douleur, je m’assis plus confortablement en me relevant un peu et m’adossai contre le mur tout proche. Mes yeux me piquaient atrocement, mais je m’efforçai de les ouvrir. Je voyais flou et avec des points rouges mais j’arrivais à distinguer une ombre en mouvement et fendant l’air avec deux sabres laser.

Je percevais très mal les lueurs qui se reflétaient sur les murs grisâtres, mais je devinai qu’ils étaient bleus. Instinctivement, je mis ma main sur ma ceinture : cette personne avait pris mon sabre ! Je voulus me lever, mais je tombai net. Mes yeux pleuraient, tellement la douleur était forte, et je dû me résigner à les laisser fermés. Je laissai alors la Force s’insinuer en moi et je tentai de percevoir les choses à travers elle. Bizarrement, je sentis une autre force en moi. Je sentais qu’on m’avait aidé à me réveiller en me donnant de l’énergie par la Force. C’était cet humain, un Jedi.

J’étais sûr qu’il était un Jedi, car chaque Jedi dégageait une aura qui lui était propre. Mais il y avait là quelque chose de bizarre, de familier. Grâce à la Force, je voyais les mouvements que ce Jedi effectuait : il n’essayait pas de toucher ses adversaires, mais seulement de les repousser.

Je me rappelai alors ma dernière vision lorsque j’étais tombé : Un groupe de passants, humains et non humains, s’avançait vers moi. Ces gens, enfin certaines personnes, me voulaient du mal bien que je ne sache pas pourquoi. C’était le Jedi qui avait dû m’emmener ici. Je me trouvais à l’intérieur d’un bâtiment.

J’étendis mon champ de vision à travers la Force. Je percevais l’énergie d’une dizaine d’habitants du Corridor Ecarlate qui couraient dans la rue voisine. L’un d’eux prononça à haute voix des paroles que je ne compris pas et aussitôt les quelques fous qui tentaient de battre un Jedi s’enfuirent. Après une courte pause l’homme éteignit les deux sabres et me rejoignit. Il avait dû mal à se calmer même avec l’aide de la Force. Il avait dû lui arriver bien des choses à lui aussi et en un laps de temps très court.

Soudain, alors que le mystérieux Jedi s’agenouillait devant moi, je perçus un bouleversement dans la Force, suivi d’une sorte de sonnerie et enfin la vision d’une petite sphère clignotante tenant dans la main en train de fendre l’air vers nous.

— Détonateurs, criai-je.

J’utilisai toute la Force qu’il me restait pour repousser le détonateur thermique. Quelqu’un l’avait lancé à travers l’une des nombreuses fenêtres brisées. La sphère retourna à son envoyeur et explosa, ravageant les dix mètres alentours. La façade du bâtiment dans lequel je me trouvais tint le choc, mais pas moi : j’étais trop épuisé et je m’évanouis.


Je me réveillai en me sentant beaucoup mieux. Plusieurs heures avaient dû s’écouler pour que je puisse reprendre des forces. J’ouvris les yeux et découvris le Jedi en face de moi, adossé à un mur. Il avait les yeux fermés, la respiration lente. Il se reposait comme un Chevalier Jedi le faisait. Je pus discerner, en m’habituant à l’obscurité qui régnait dans la pièce, les traits de son visage. Il avait l’air assez jeune. Il rentrait dans l’âge adulte tout comme moi. Il devait avoir mon âge à peu de chose près, peut-être un peu plus vieux mais pas de beaucoup.

Je regardai les alentours. La pièce où on se trouvait était petite, vide et éclairé par une faible lumière bleue qui venait de l’extérieur, traversant la seule fenêtre recouverte d’une épaisse couche de poussières. Le sol en permabéton n’était presque pas visible sous les multiples bouts de papier et cartons. Je vis mon sabre près du Jedi. Tendant la main, je fis appelle à la Force pour le faire revenir dans ma main. Le sabre glissa tranquillement sur le sol avant de s’élever et de se poser sur ma main. Je vérifiai s’il n’y avait pas de problème, puis le rangeai à ma ceinture.

Je me levai. Ma jambe droite me fit mal, ma tête tourna pendant un court instant, mais faisant affluer la Force en moi, les douleurs et le vertige disparurent. Je me dirigeai vers un petit escalier qui descendait. Dans un coin, je vis un ascenseur. Ce n’était pas normal, car au niveau du Corridor Ecarlate, il n’y avait pas d’ascenseur. Les quelques rares s’y trouvant ne fonctionnaient plus depuis des siècles. J’entrai dedans et vérifiai à quel étage je me trouvai.

J'eus confirmation de ce je redoutais. Le Jedi m’avait porté sur son dos et monté les escaliers. Mais je pouvais descendre de quatre-vingt-douze étages avec l’ascenseur, si j’arrivai à le remettre en marche.

Je retirai la plaque de sécurité des fils conducteurs. Plusieurs fils étaient débranchés, d’autres étaient coupés. Je branchai au hasard les fils. « Il n’y a pas de hasard, il y a la Force ».

Au bout d’un moment, j’avais réussi à faire une dérivation des circuits permettant le lien avec un ordinateur qui se trouvait bien plus loin que l’ascenseur lui-même. Je fis une autre dérivation pour l’énergie. Une petite lampe s’alluma sur le coté.

— Ouais !

— Hé bien, on veut partir sans moi, me demanda de façon sarcastique le Jedi, en se relevant.

— Salut. Excuse-moi, mais j’ai une mission, et je dois la mener seul, lui répondis-je.

— Ha… l’Epreuve des Jedi. Je l’ai passé moi aussi, il y a quelques mois.

Je fus assez surpris. Bien qu’il n’ait pas la tresse traditionnelle et significative des padawans, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit un véritable Jedi. Il devait être l’un des autres padawans doués dans la Force et si précoce. Je lui expliquai donc :

— Alors tu sais que je dois partir seul.

— Tu pourrais au moins me remercier, je t’ai sauvé la vie.

Je le regardai un moment, l’air perplexe.


An 38 avant la Bataille de Yavin :


— Attention, tu vas te brûler avec ce sabre, fis-je à un apprenti de mon âge.

— Un Jedi doit laisser la Force contrôler partiellement ses mouvements, disait Yoda, mais je ne l’écoutais plus et je me vantais auprès du même apprenti.

— Regarde, je dévie tous les tirs de la sphère !

— Comment veux-tu que je regarde avec ce masque !

— Bah tu l’enlèves !

Sans réfléchir un seul instant, il enleva son casque et me regarda. Tout fier, je prenais une certaine pose, mais peu efficace. Je déviais un rayon rouge, puis un second, mais le troisième me toucha à la jambe droite, et un quatrième au poignet. Je perdis l’équilibre. Le jeune garçon qui me regardait se jeta sur moi et me pris mon sabre bleu avant que la lame ne touche mon casque.

— Je n’avais pas besoin de toi, je peux me débrouiller seul, fis-je furieusement en me relevant.

— Jeune gens, jeune gens !

Tous les autres apprentis Jedi éteignirent leur sabre, enlevèrent leur casque et regardèrent le Grand Maître Yoda s’avancer vers nous. Il avait un pas lent et s’appuyait sur sa canne. Il nous gronda et nous réprimanda pour avoir perturbé le cours.

— Tu pourrais au moins me remercier, je t’ai sauvé la vie, fis calmement mon camarade lorsque Yoda eut fini de nous disputer.

Plus tard, j’appris qu’en réalité, les sabres utilisés par les apprentis Jedi avaient une très faible intensité, ce qui rendait la lame non mortelle…


An 24 avant la Bataille de Yavin :


— C’est vrai, fis-je au jeune Jedi…

J’appuyai au même moment sur le bouton d’activation de la descente de l’ascenseur. Mais il y eut un court circuit, et la petite lampe s’éteignit.

— Eh bien, si tu voulais me semer, c’est raté.

Je fis instinctivement un sourire mauvais, sans même le regarder. Je réétudiais les circuits que j’avais modifiés. Pendant que j’essayais de trouver un moyen de regagner de l’énergie, le Jedi me raconta son Epreuve.

Au bout d’une demi-heure, je me mis à défaire mon sabre laser pour en extraire la cellule énergétique. Je la branchai avec deux des fils du tas qui sortait de la trappe à circuit. Dans la même seconde, le Jedi appuya sur le bouton pour descendre. L’ascenseur vrombit puis descendit avec un crissement, signe de la rouille ou tout simplement de l’ancienneté de la machine.

Arrivé en bas au bout de 2 minutes, les portes s’ouvrirent à moitié. Je récupérai ma cellule énergétique, la remis dans mon sabre et le rangeai à ma ceinture. Le Jedi venait d’ouvrir en grand les portes de l’ascenseur et était sortit, sabre éteint à la main.

— C’est bon, il n’y a personne.

— Je le sais bien, je l’avais déjà senti.

C’était un mensonge. Il l’avait compris du reste.

— Laisse-moi maintenant. J’ai une mission que je dois mener à bien.

— Je sais.

— Eh bien puisque tu le sais, tu peux partir, lui fis-je en marchant d’un pas rapide le long du couloir face à l’ascenseur.

— Non. Ta mission est liée à moi.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Tu cherches Ildara Mayaserana n’est-ce pas ? me fit-il en m’empoignant le bras.

— Euh… oui. Comment le sais-tu ?

— Je viens de te le dire. C’était mon Maître.

— Ho… bien… mais nous avons un dilemme, déclarai-je en le fixant. Je dois accomplir ma mission seul.

— Rien ne nous oblige à dire au Conseil que nous étions ensemble.

Je réfléchis un instant. Son aide pouvait m’être utile, d’autant plus que je manquerais de force bientôt, n’ayant pas encore totalement récupéré de ma chute.

— Très bien. Mais tu suis mes directives.

— Tant que je sauve mon Maître… je t’aiderai.

— Euh… merci. Je te revaudrais ça.

— Bien sûr.

— Je m’appelle Loïc Solaris, fis-je en tendant la main.

— Alex Raziel.


An 38 avant la Bataille de Yavin :


Je sortis en regardant mes pieds. Je ne voulais pas voir les autres apprentis. Pourtant, je cherchai par la Force celui qui m’avait sauvé la vie. Il était juste derrière moi.

— Euh… merci, fis-je en me retournant. Je te revaudrais ça un jour.

— Je ne l’oublierais pas.

— Je m’appelle Loïc.

— Alex.

Depuis ce jour, pendant 3 ans, nous restâmes bon ami avant de nous retrouver pour cette mission des années plus tard. Mais jamais durant cette période je n’ai réussi à m’acquitter de ma dette.


An 24 avant la Bataille de Yavin :


Je ne savais pas à ce moment là si lui aussi le savait. Mais je n’en dis aucun mot et j’avançai toujours le long du couloir sombre. Au bout, se trouvaient des escaliers, que nous descendîmes. Douze étages plus bas, nous nous arrêtâmes pour prendre un peu de repos. Je profitai de ce moment pour lui parler de notre ancienne amitié.

Il ne fut pas étonné de m’en entendre parler. Il avait deviné qui j’étais bien avant moi. Nous parlâmes pendant deux ou trois heures de nos aventures depuis que nous avions été séparés. Puis, la fatigue s’insinua en moi. Alex resta à demi éveillé, au cas d’alerte tandis que moi je dormis d’un sommeil profond et réparateur dont j’avais grand besoin.

Au matin, j’étais en pleine forme. J’avais encore des douleurs un peu partout, mais au moins je me sentais vraiment réveillé et complètement ouvert à la Force. Je me levai et vérifiai si j’avais encore mon sabre. Cette prudence, je l’avais acquise après un séjour sur Ithor. Une nuit, Rocka et moi dormions sur des branches de la magnifique forêt d’Ithor. Les natifs de la planète étaient très coopératifs avec les Jedi et nous autorisèrent l’accès aux forêts. Mais pendant la nuit, mon sabre tomba et je dus descendre lentement pour aller le rechercher. Finalement, c’est Rocka qui le trouva en trois minutes, alors qu’il m’avait laissé chercher seul pendant plus de quatre heures.

Bien que je ne sois pas obligé, à l’instar de tous les Jedi, de manger pendant quelques jours, j’en avais grandement envie. Mais j’avais perdu mon sac à dos dans le speeder, et il n’était pas question de retourner le chercher. De toute façon, on avait déjà dû le voler ou il avait dû être détruit dans l'explosion du speeder.

Je cherchai mon ami par la Force. Il se trouvait trois étages plus bas, en train de manger ! Bougonnant, je descendis les marches quatre par quatre puis j’empruntai le seul couloir au troisième étage. Je continuais de courir, dépassai quelques portes avant d’arriver au bout du couloir qui finissait par une seule porte. Elle était entrouverte et de la lumière passait par l’entrebâillement.

Je poussai la porte faite de métal rouillé pour trouver Alex assis par terre, une assiette dans les mains avec pleins de bonne chose.

— Tu aurais pu m’attendre pour le petit déjeuner !

— Tu aurais pu te lever plus tôt. Je te ferais remarquer qu’il est plus de quatorze heures.

— Déjà ?

— Eh oui, tu as dormi treize heures.

J’explorai la pièce du regard, découvrit un réfrigérateur ouvert avec de la nourriture à l’intérieur et j'allai prendre une assiette dans une armoire, ouverte, elle aussi.

— Comment ça se fait qu’il y ait autant de nourriture ici ?

— Je ne sais pas. Mais on ferait mieux de ne pas rester longtemps.

— Tu sais, je ne sais pas vraiment où aller. Nous sommes au Corridor Écarlate, superficie : plus de quatre cents kilomètres carrés. En rajoutant à ça le nombre d’étages par immeuble…Ça va être chaud de la trouver.

— Peut-être que oui, peut-être que non, me répondit Alex d’un ton mystérieux avant d’ajouter. J’ai été son Padawan, ne l’oublie pas. Je peux trouver sa trace, finit-il, confiant.

— Alors trouve-là et finissons-en.

— Euh… maintenant ?

Je réfléchis un instant, l’assiette pleine de nourriture dans la main.

— Nan, je plaisantais, on peut manger avant.



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